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  • nathaliesixjesus

Le silence des vaincues de Pat Barker

Dernière mise à jour : 8 févr. 2021

C'est culotté !

S'attaquer à une réécriture de l'Iliade est comme prendre la mer sur les traces de Tabarly : il est conseillé d'avoir un bon matériel et d'être sacrément doué ou inconscient.


Côté bagage, Pat Barker a de quoi tenir quelques tempêtes : lauréate du Booker Prize en 1995 pour The Goast Road, elle a choisi une dispute homérique comme point de départ. Le roi Agamemnon et Achille se disputent une femme, Briséis, reine déchue dont le mari était roi de Lyrnessos.


Une dispute homérique comme point de départ

La force de la romancière est de prendre l'épisode à contre-courant, en partant du point de vue des femmes. Briséis raconte sa capture, sa captivité, et comment elle est devenue esclave sexuelle d'un héros grec, vénéré comme un dieu, qui dans l'intimité va révéler une fragilité inattendue. Pat Barker dope la mythologie en lui offrant un atout supplémentaire et offre un récit d'une modernité universelle. Ce qu'elle dénonce n'a pas d'âge : la traite des femmes captives lors des conflits, les viols comme arme de guerre et instrument de vengeance et de punition d'un camp sur l'autre.


Son talent ne s'arrête pas à une diatribe ou à une dénonciation, il emporte le lecteur dans un monde ignoré et caché. Malgré l'horreur, Briséis choisit de vivre et s'harnache d'espoir. Les femmes entre elles se révèlent comme autant d'héroïnes silencieuses et valeureuses. L'Histoire est loin d'avoir tout révélé.

Le silence des vaincues, Charleston, 349 p., 22,50 euros.

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